Progrès technologique
La technologie des registres distribués (DLT) expliquée – et ce qu’elle signifie pour les banques suisses
La technologie des registres distribués (DLT) expliquée – et ce qu’elle signifie pour les banques suisses

Dans le secteur financier, la DLT est considérée comme une technologie d’avenir. Elle permet d’accélérer et de sécuriser les transactions, tout en contribuant au développement d’offres innovantes. Retour sur cette technologie et son importance pour la Suisse.
Une cliente achète une obligation. Avant que celle-ci ne soit créditée sur son compte-titres, plusieurs acteurs interviennent souvent: la banque, la bourse, le dépositaire. Chacune vérifie les données, procède à des rapprochements et tient sa comptabilité. Ce processus est sûr, mais fastidieux.
Les banques suisses se posent donc la question suivante: existe-t-il un moyen plus simple? La technologie des registres distribués (DLT) pourrait bien être la réponse.
Comment fonctionne la technologie des registres distribués (DLT)?
La DLT s’apparente à un livre de comptes numérique géré conjointement par différents acteurs. Les données ne sont plus stockées de manière centralisée, mais simultanément chez plusieurs participants. Les modifications sont validées conjointement et ne peuvent être modifiées a posteriori qu’au prix d’efforts considérables. Cela réduit les efforts de rapprochement et renforce la confiance. La blockchain, sur laquelle repose la cryptomonnaie Bitcoin, est un exemple bien connu d’utilisation de la DLT.
La DLT offre des avantages aux banques
Les banques peuvent développer de nouvelles offres grâce à cette technologie. En effet, la DLT permet de simplifier les processus: elle facilite le traitement et le suivi des transactions, car toutes les parties prenantes ont accès aux mêmes données. Aujourd’hui, cela nécessite encore que plusieurs parties échangent activement des données et se concertent.
Pour les clients, cette technologie peut, à long terme, permettre des processus plus rapides et de nouveaux services numériques. Les «contrats intelligents», par exemple, exécutent de manière autonome des processus définis – comme un paiement dès qu’une livraison est confirmée.
La tokenisation constitue un autre cas d’application important. Elle consiste à représenter numériquement des actifs, tels que des actions ou des biens immobiliers, sous forme de «tokens». Le négoce de ces actifs bénéficie ainsi de la transmission simple et rapide d’informations rendue possible par la DLT. De plus, la tokenisation offre la possibilité de diviser certains actifs en unités plus petites. Pour les investisseurs, cela pourrait à l’avenir faciliter l’accès à des classes d’actifs qui, jusqu’à présent, n’étaient accessibles qu’avec des montants minimums élevés.
La DLT est déjà utilisée aujourd’hui
En Suisse, la DLT est bien plus qu’un simple sujet d’avenir. Les banques utilisent déjà cette technologie, même si ce n’est pas encore à grande échelle.
Ainsi, ces dernières années, les premiers paiements via la DLT ont été testés avec succès, parfois presque en temps réel et 24 heures sur 24. Une étude de faisabilité menée par PostFinance, Sygnum et UBS sous l’égide de l’Association suisse des banquiers a par ailleurs montré que les dépôts bancaires tokenisés pouvaient être transférés de manière juridiquement contraignante entre banques via une blockchain publique.
Parallèlement, la SIX Digital Exchange (SDX), une infrastructure de marché basée sur la DLT pour les titres numériques, à laquelle participent des banques suisses, est en train de s’imposer. Sur cette plateforme, les titres tokenisés peuvent être négociés et réglés avec moins d’intermédiaires que dans les processus traditionnels. Certaines banques proposent d’ores et déjà des services concrets, tels que la conservation ou la négociation d’actifs tokenisés.
Dans le même temps, une chose est claire: les systèmes existants fonctionnent de manière fiable et ne seront pas remplacés, mais complétés de manière ciblée.
La Suisse figure parmi les leaders
La Suisse fait partie des pionniers au niveau international. Cela s’explique notamment par la mise en place précoce d’un cadre réglementaire: les lois existantes ont été adaptées de manière ciblée afin de permettre une mise en œuvre des applications DLT dans le respect de la sécurité juridique – notamment en matière de droits-valeurs numériques.
De plus, la réglementation fait l’objet d’une évolution constante. Le Conseil fédéral a mené, d’octobre 2025 à février 2026, une consultation sur la modification de la loi sur les établissements financiers. Les discussions portent notamment sur des adaptations de la licence «fintech» existante ainsi que sur de nouvelles catégories d’autorisations pour les prestataires de services liés aux stablecoins et aux cryptomonnaies. Des modifications législatives sont à prévoir dans les années à venir.
L'innovation – mais en toute sécurité
L'utilisation croissante de la DLT soulève de nouvelles questions: quel sera le rôle des banques à l'avenir, lorsque les processus se dérouleront de manière plus directe? Comment intégrer judicieusement les nouvelles formes de monnaie, telles que les dépôts tokenisés ou les stablecoins? Et comment la réglementation peut-elle favoriser l'innovation sans compromettre la stabilité?
La Suisse adopte à cet égard une approche claire: rester ouverte à la nouveauté, sans pour autant renoncer à la sécurité et à la confiance qu’offrent les banques. Il sera essentiel de recourir à la DLT là où cette technologie apporte une réelle valeur ajoutée – tant pour les banques et les entreprises que pour les clientes et clients.




