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La gestion de fortune en pleine mutation: pourquoi l'humain reste au cœur du processus
La gestion de fortune en pleine mutation: pourquoi l'humain reste au cœur du processus

La numérisation transforme la gestion de fortune: les algorithmes analysent les marchés en quelques secondes et les applications permettent à chacun d'investir de manière autonome. Mais l'humain reste un élément déterminant. Valérie Lemaigre, économiste en chef, et Valérie Noël, responsable des opérations, expliquent pourquoi.
La gestion de fortune est une marque de fabrique de la Suisse – et, depuis la mondialisation, un pilier économique majeur. Mais derrière cette constante, le secteur de l'investissement connaît une transformation profonde.
Valérie Lemaigre, économiste en chef de la Banque cantonale de Genève, se souvient: «Milieu des années 90, les graphiques étaient encore dessinés sur du papier millimétré.» Aujourd’hui, en revanche, des algorithmes basés sur des données analysent l’évolution des cours et aident à la prise de décision.
Si les principes fondamentaux de l’analyse des marchés financiers sont restés les mêmes, explique Mme Lemaigre, les outils ont quant à eux considérablement évolué avec la numérisation: les décisions d’investissement sont aujourd’hui prises en temps réel – et s’appuient davantage sur des modèles basés sur des données et des processus standardisés que sur des appréciations individuelles et subjectives.
Automatisation – mais c’est l’humain qui décide
Valérie Noël a accompagné cette transformation au premier rang, en tant que responsable de la salle des marchés de la banque privée Syz. Elle se souvient encore des tickets roses et bleus qui symbolisaient les achats et les ventes, dans une salle autrefois bien plus bruyante et animée. Aujourd’hui, les transactions sont électroniques et l’atmosphère est différente: «Dans la salle des marchés, c’est beaucoup plus calme en apparence.»
En dépit de l’automatisation croissante des processus, le discernement humain reste central dans le trading : «En dernière analyse, c’est toujours le trader qui définissons ce qui doit être automatisé et les règles qui en encadrent l’application.»
Même d'un point de vue macroéconomique, le comportement humain reste déterminant. Le moral des investisseurs et des consommateurs est aujourd'hui analysé de manière systématique et pris en compte dans les stratégies d'investissement, explique Noël: «Il existe des algorithmes qui établissent des prévisions sur le moral des acteurs du marché – et qui tiennent même compte de la météo.»
Les transitions structurelles exigent une réflexion à long terme
Avec la numérisation, le marché financier est devenu plus volatile et court-termiste. «Ces dernières années, on a assisté à plusieurs phases de fortes fluctuations, de corrections du marché et de récupération rapide des marchés, sans encaisser de récession économique depuis 2008 », indique M. Lemaigre.
L'année 2025 en est un exemple intéressant: «La géopolitique aurait pu bouleverser complètement l'économie – mais cela ne s'est pas produit.» Toutefois, le climat du marché a conduit les investisseurs à réorienter leurs actifs vers le secteur technologique.
En effet, l'économie est en pleine mutation structurelle, estime Mme. Lemaigre: «En raison de l'évolution démographique, l'IA devient de plus en plus importante pour compenser la pénurie de main-d'œuvre à venir.»
A cela s’ajoutent d’autres bouleversements, comme la réorganisation de l’approvisionnement énergétique. Il est donc particulièrement important aujourd’hui d’adopter une vision à long terme dans les investissements financiers afin de tirer pleinement parti des évolutions du marché.
L’investissement à la portée de tous
Valérie Lemaigre voit dans l’investissement un grand potentiel pour l’économie dans son ensemble: «La gestion de fortune peut apporter une contribution importante en orientant les capitaux vers des projets économiques productifs à moyen et long termes.» Les clients pourraient ainsi participer activement aux changements économiques, notamment dans la perspective des générations futures.
Aujourd’hui, plus de personnes que jamais investissent. Un autre effet de la numérisation, comme le souligne Valérie Noël: «Les nouvelles plateformes numériques ont ouvert l’accès au monde financier à de nouveaux groupes cibles.»
Aux Etats-Unis, plus de la moitié des citoyens détiennent aujourd’hui des actions. En Suisse, ce chiffre est d’un peu moins d’un sur cinq.
Le conseil personnalisé gagne en importance
Dans ce contexte, l’intensité du conseil en gestion de fortune augmente, comme le constate Valérie Noël: «Nous devons aujourd’hui fournir beaucoup plus d’explications: les jeunes et les femmes, en particulier, exigent de la transparence – ils veulent vraiment comprendre ce que nous faisons.»
La numérisation n’a donc pas remplacé le conseil personnalisé – bien au contraire: celui-ci devient un élément clé. Et Valérie Noël estime que la place financière suisse est particulièrement bien positionnée pour cela grâce à «sa compétence, son savoir-faire la confiance qu’elle inspire et la confidentialité qu’elle garantit».
L’intégralité de l’entretien est disponible dans le podcast «De la génération Y à la génération Z : le conseil en placement est en pleine mutation ?».





